... Après avoir plané pendant un temps indéfini le long de la rivière qui alimentait le lac, nous sommes posé sur une petite plage de sable, dans une courbe du paysage. Une totale sensation d’achèvement nous baignait de longs soupirs retenus.

L’essoufflement après la course pourrait vous donner une petite idée de notre état physique, comblés, remplis, sans attente aucune. Cependant nous n’avions pas d’ailes comme les oiseaux. Notre vol était pourtant très réel et si notre concentration baissait, de la même façon nous perdions de l’altitude ou de la stabilité. Les pilotes d’avion connaissent cet apaisement. On pourrait penser que l’on se repose en volant. Justement là est l’erreur. Les néophytes jacassent comme des étourneaux, tout heureux d’avoir découvert la magie du vol. Mais acquérir la concentration minimale pour voler seul, sans artifices nécessite un long entraînement. Surtout il ne faut pas forcer, et la révélation arrive lorsque votre être tout entier déjà décolle des contingences matérielles. Votre rêve n’en est plus un, tout en restant maniable dans la réalité physique. Votre esprit ajuste les paramètres du réel et tout devient possible… Même qu’un dragon enflammé surgisse à votre insu et vous dévore avant même que vous n’aillez esquissé un geste d’effroi. Gobé comme un moustique insouciant dans la vibrante lumière du soleil de midi.

Un petit creux s’ouvrit dans notre estomac et on songeait maintenant à retrouver le restant du groupe, car nos frugales provisions seraient vite épuisées. Déjà je mâchonnais un délicieux morceau de banane séchée partagé, retrouvé dans ma chemise, pendant que ma compagne dépiautait quelques carreaux de chocolat noir.

Nous nous mîmes en route, nous fiant à notre orientation naturelle. La course du soleil suffisait largement pour cela. Point besoin de prothèse du type boussole pour savoir quelle direction prendre. De plus le relief consistait déjà une indication précieuse. Nous avions suivis le cour d’eau qui s’enfonçait dans une petite gorge abrupte, et donc les habitations devaient être à environ une heure de marche sur la droite.

Après s'être enfoncé dans la crique, nous avons escaladé une petite falaise. Des petits oiseaux tournoyaient autour de nous en piaillant. En effet après quelques temps d'ascension nous avons découvert plusieurs nids ou reposaient de mignons petits tas de trois à six oeufs bien ordonnés et encore tout emplumés de duvets délicats. Redoublant d'attention pour les prises de nos mains, nous hissions nos corps sans hâte, posément, pieds à pieds. Voyant que nous ne touchions pas à leur progéniture, les passereaux troglodytes habillés de couleurs vertes rouges et jaunes vifs ralentirent leur course véhémente et l'un d'eux vint se poser sur le nez de ma compagne !

Elle ne bougeait plus, louchant avec un grand sourire béat sur le petit animal qui semblait l'avoir prise d'affection ! Hum, en même temps je l'avertissais que si elle ne passait pas outre les calins de monsieur Martin-pêcheur, elle risquait de chuter de plusieurs mètres. Stoïque donc, elle continua de bien suivre les prises que j'avais assurées. Au bout d'une bonne heure de grimpe, nous nous sommes retrouvés en haut de la falaise. Le petit oiseau bigarré, s'était perché sur la tête de la femme en me regardant du coin de l'oeil, sa petite casquette blanche dessinée en épis se redressait et s'abaissait comme s'il me demandait mon avis. Nous décidâmes de le laisser choisir son destin tout seul. Il nous suivit un moment, puis disparut.

Nous étions assez fatigués et après avoir admiré un moment le paysage qui s’étendait au dessous de nous alors que nous longions mollement le haut de la falaise, sommes repartis vers les habitations que nous distinguions bien maintenant. Au loin derrière nous, avions reconnu le Bourg joyeux

Décidément le vaste monde
pouvait tenir dans un mouchoir de poche.


Après avoir traversé le champ entouré de bocage qui se creusait en pente douce vers les barrières de bois qui l'enclosait, nous suivîmes un petit chemin creux où les charrettes avaient creusé leurs sillons parallèles, laissant une allée d'herbe rase au milieu. Quelques longs instants de marche, après avoir contourné une dernière clôture à barrière de bois blanche où deux chevaux bais nous regardaient passer, nous avons débouchés dans la cour d'une ferme. Passé les porches de deux granges ouvertes nous sommes arrivés dans un grand atrium tout pavé et désert.

Terre Ocean Indien -

Lieu dit

Sur la gauche, par un petit escalier flanqué d’une rambarde en ferraille douce, usée par les mains de milliers de passants, nous avons accédé à une grande salle haute et voûtée. Là, autour de l’une des tables, notre petit groupe de ce matin finissait de déjeûner. Ils nous accueillirent avec de grands sourires et questions sur notre petite échappée.

Et puis eux aussi avaient
bien des choses à nous raconter


Sur le mur du fond, duquel je m'approchais, attiré par ma curiosité habituelle et aussi pour reconnaître les lieux afin d'en prendre possession avant de m'installer à mon tour, une oeuvre insolite éclatait de sens. Un frisson parcourus l'arrière de mon crâne ! Au centre de la uvre d'une facture assez malhabile, mais cependant d'une précision à couper le souffle, un logotype connu dévotement ouvragé se déchiffrait : on pouvait y lire les lettres AZF !

Pour moi le A symbôle de puissance et d'assurance suivit du Z de l'abondance et de l'insouciance associé au F de la nécessité comme du manque, signifiait en clair le but de notre petite promenade et séminaire. Nous étions là pour une semaine !